Le Maroc a enregistré 17,4 millions de visiteurs en 2024, et Marrakech capte une part massive de ce flux. Pour un investisseur qui envisage l’achat d’un appartement à Marrakech destiné à la location saisonnière, les promesses de rentabilité sont partout. Les contraintes réglementaires récentes, elles, sont rarement détaillées, alors qu’elles modifient en profondeur le calcul des revenus locatifs.
Location saisonnière à Marrakech : le plafond de 120 jours qui change le business plan
Le décret n° 2-23-441, publié au Bulletin Officiel le 7 août 2023, plafonne la location meublée touristique à 120 jours par an pour un même logement. Au-delà, le bien bascule dans le régime des établissements touristiques classés, avec des contraintes et des coûts d’exploitation qui n’ont rien à voir avec la gestion d’un appartement sur Airbnb.
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Ce plafond a une conséquence directe sur la rentabilité. Un propriétaire qui tablait sur 250 ou 300 nuits louées par an doit revoir son prévisionnel à la baisse, ou accepter le risque juridique d’opérer hors cadre. Les guides d’investissement classiques évoquent des taux d’occupation élevés sans mentionner cette limite structurelle.
Un business plan réaliste doit donc partir de 120 nuits maximum, avec un tarif par nuit suffisant pour couvrir les charges, la fiscalité et dégager une marge. Concrètement, cela pousse vers des biens capables de justifier un prix à la nuitée supérieur à la moyenne, soit par leur emplacement, soit par leurs prestations.
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Licence d’exploitation et déclaration DGSN : les obligations administratives au Maroc
La loi 80-14 et son décret d’application imposent une licence d’exploitation valable 5 ans, délivrée par le Wali ou le Gouverneur après avis du Centre Régional d’Investissement. Sans cette licence, la mise en location touristique d’un appartement est illégale.
À cela s’ajoute une obligation de déclaration auprès de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) dans un délai de 24 heures après l’arrivée de chaque locataire. Ce n’est pas une formalité théorique : les contrôles existent, et un manquement peut entraîner le retrait de la licence.
- Obtenir la licence d’exploitation avant toute mise en location, en passant par le CRI de la région de Marrakech-Safi
- Déclarer chaque locataire à la DGSN dans les 24 heures suivant son arrivée
- Vérifier que le règlement de copropriété de l’immeuble autorise la location courte durée, car certains syndics l’interdisent explicitement
- Renouveler la licence tous les 5 ans, en justifiant la conformité du bien aux normes en vigueur
Un investisseur étranger, notamment depuis la France, doit intégrer ces démarches dans son budget temps et son budget financier. La gestion à distance devient nettement plus complexe qu’un simple listing sur une plateforme.
Fiscalité locative à Marrakech : ce que l’investisseur étranger doit calculer
Les revenus tirés de la location saisonnière au Maroc sont soumis à l’impôt sur le revenu marocain. Pour un investisseur résidant en France, la convention fiscale franco-marocaine évite en principe la double imposition, mais les revenus fonciers marocains restent pris en compte pour déterminer le taux d’imposition applicable aux revenus français.
Côté marocain, la fiscalité dépend du statut choisi (personne physique, auto-entrepreneur, société). Le régime de l’auto-entrepreneur marocain plafonne le chiffre d’affaires annuel et applique un taux réduit, mais il n’est pas accessible à tous les profils d’investisseurs étrangers. Le passage par une société de droit marocain (SARL ou SCI marocaine) est fréquent, avec ses propres contraintes comptables.
Le piège courant consiste à comparer la rentabilité brute d’un appartement à Marrakech avec celle d’un bien en France sans intégrer la taxe sur les profits immobiliers marocaine (applicable à la revente), les frais de gestion locale et le coût de la mise en conformité administrative.
Appartement à Marrakech : quel type de bien pour la location saisonnière
Les concurrents sur le marché de la location saisonnière à Marrakech se répartissent en trois catégories : riads en médina, villas avec piscine en Palmeraie, et appartements en résidence dans les quartiers modernes (Guéliz, Hivernage, Agdal). Pour un premier investissement avec un budget maîtrisé, l’appartement en résidence présente un profil de risque différent du riad.
Un riad demande un budget de rénovation souvent sous-estimé et une gestion quotidienne lourde. L’appartement en résidence moderne offre des charges de copropriété prévisibles et une maintenance simplifiée. En revanche, le tarif à la nuitée d’un appartement reste inférieur à celui d’un riad, ce qui rend la contrainte des 120 jours encore plus structurante sur le revenu annuel.

Le règlement de copropriété, un filtre souvent ignoré
Avant tout achat, la lecture du règlement de copropriété est une étape non négociable. Au Maroc, certains règlements interdisent explicitement la location courte durée. Un appartement acheté dans une résidence qui bloque ce type d’activité devient un investissement locatif classique (longue durée), avec une rentabilité et un profil de locataires très différents.
Les retours terrain divergent sur la rigueur d’application de ces clauses selon les résidences. Dans certains immeubles, la copropriété tolère la location saisonnière malgré le règlement. Dans d’autres, un voisin peut saisir le syndic et obtenir l’arrêt de l’activité. Ce flou juridique représente un risque que le prix d’achat attractif ne compense pas toujours.
Gestion locative à distance depuis la France : le coût réel
Gérer un appartement en location saisonnière à Marrakech depuis la France suppose de déléguer à une conciergerie locale. Les prestations incluent l’accueil des locataires, le ménage, la maintenance, la déclaration DGSN et la gestion des plateformes. La commission de ces services oscille généralement entre 15 et 25 % du chiffre d’affaires locatif.
Avec un plafond légal de 120 nuits et une commission de gestion prélevée sur chaque réservation, le revenu net annuel peut représenter moins de la moitié du revenu brut affiché dans les simulations optimistes. L’écart entre la promesse marketing et la réalité comptable justifie un tableur détaillé avant toute signature.
Le marché immobilier de Marrakech reste attractif pour la location saisonnière, à condition de bâtir un projet sur le cadre légal réel et non sur des hypothèses d’occupation irréalistes. Un appartement bien positionné, conforme au règlement de copropriété, exploité dans la limite des 120 jours avec une gestion professionnelle, peut générer un complément de revenus intéressant. Mais ce n’est pas le placement passif que certains annoncent.

